la fusillade de Fourmies

Article tiré de Wikipédia

Le contexte[modifier]

Vieille cité industrielle du Nord de la France, la ville de Fourmies a atteint son apogée industriel et démographique à la fin du XIXe siècle grâce au textile. Elle compte alors 15 000 habitants, en majorité des ouvriers. Sa distance la séparant de Paris, n’est que de 200 km. À plusieurs reprises, des grèves ont éclaté surtout le 1er mai.

Suite au massacre de Haymarket Square à Chicago, consécutif à une manifestation pour la journée de 8 heures, la Seconde Internationale décide de créer en juillet 1889 la manifestation internationale du 1er mai, dite fête du travail.

L’appel à la grève à Fourmies[modifier]

Dans le Nord de la France, les socialistes guesdistes, très implantés dans la région, tentaient d’y organiser les ouvriers. L’un des fondateurs du Parti ouvrier français, créé en 1893, Paul Lafargue (gendre de Karl Marx) alors l’un des dirigeants nationaux des socialistes guesdistes, incita à la grève générale du 1er mai consacré à la revendication de la journée des 8h et à la hausse des salaires.

Préparation de la riposte : le 30 avril 1891[modifier]

Pour montrer leur opposition aux revendications, les patrons ont fait apposer sur les murs de Fourmies, une affiche affirmant leur détermination à ne pas faire de concessions. Sous leur impulsion, le maire de la ville demanda l’envoi de deux compagnies d’infanteries du 145e régiment de ligne au sous-préfet d’Avesnes[2].

Récit de la journée[modifier]

Le schéma ci-dessous nous montre la disposition des acteurs de cette tragédie.

Dès le départ, cette manifestation devait se dérouler dans une ambiance festive et pacifique. À 10 heures, les ouvriers devaient porter leurs revendications à la mairie. Des festivités l’après-midi et un bal en soirée étaient inscrits au programme.

« Le plus grand calme est recommandé, pas de tumulte, pas de récriminations personnelles », affirme Culine.

À 9 heures, après une échauffourée avec les gendarmes à cheval, quatre manifestants sont arrêtés. Des renforts sont demandés à la sous-préfecture qui envoie en renfort deux compagnies du 145e de ligne casernée à Maubeuge. Le 84e RI d’Avesnes est déjà sur place.

Dès lors le premier slogan : « c’est les huit heures qu’il nous faut » est suivi par « c’est nos frères qu’il nous faut ».

18 h 15 : 150 à 200 manifestants arrivent sur la place et font face aux 300 soldats équipés du nouveau fusil Lebel qui contient 9 balles (une dans le canon et huit en magasin) de calibre 8 mm. Ces balles peuvent, quand la distance n’excède pas 100 mètres, traverser trois corps humains sans perdre d’efficacité. Les cailloux volent ; la foule pousse. Pour se libérer, le commandant Chapus fait tirer en l’air. Rien ne change. Il crie : « Baïonnette ! En avant ! » Collés contre la foule, les trente soldats, pour exécuter l’ordre, doivent faire un pas en arrière. Ce geste est pris par les jeunes manifestants pour une première victoire. Kléber Giloteaux, leur porte drapeau s’avance. Il est presque 18 h 25… le commandant Chapus s’écrie : « Feu ! feu ! feu rapide ! Visez le porte-drapeau ! ». Neuf morts, trente cinq blessés (au moins) en quarante cinq secondes.

Conséquences de la fusillade[modifier]

Cet événement a un fort retentissement en France car de nombreux journaux de l’époque le mettent en première page retenant surtout l’aspect tragique. Paul Lafargue décrit ainsi l’événement :

« Alors, les soldats, sans avoir été provoqués par la foule, sans avoir fait les trois sommations réglementaires, tirèrent. La boucherie aurait duré encore longtemps si le curé catholique Margerin, n’était pas sorti de la maison et n’avait pas crié : « Assez de victimes ». Neuf enfants étaient couchés sur la place, un homme de 30 ans, 2 jeunes gens de 20 ans, 2 enfants de 11 et 12 ans et quatre jeunes filles de 17 à 20 ans. »

Jean Jaurès prononce un discours peu de temps après la fusillade, ainsi que Georges Clemenceau, qui, à la tribune, dénonce l’attitude des forces de l’ordre. Il déclare : «C’est le Quatrième État qui s’est levé », rend hommage aux victimes («ces femmes et ces enfants dont le sang a pour si longtemps rougi le pavé ») et rappelle l’importance de la justice : « Il y a quelque part, sur le pavé de Fourmies, une tache innocente qu’il faut laver à tout prix….Prenez garde ! Les morts sont des grands convertisseurs, il faut s’occuper des morts ».

Clemenceau s’abstient cependant de proposer une motion de censure, et réussit plutôt à convaincre la Chambre des députés de voter l’amnistie des manifestants arrêtés (506 voix pour contre 4).

La tragédie fait aussi germer des hypothèses de toutes sortes comme celle de l’écrivain antisémite Édouard Drumont dans Le Secret de Fourmies. Il l’explique par la présence d’un sous-préfet juif Issac. D’autres hommes de lettres font un récit plus objectif, comme le socialiste Ernest Roche.

Bien que les forces de l’ordre aient été mises en cause, ce furent les instigateurs de la grève Culine et Paul Lafargue qui furent condamnés pour provocation directe au meurtre. Le premier écopa de six années de prison et le second à un an. Toutefois, Lafargue fut libéré de façon anticipée, après son élection comme député en novembre 1891. Cet épisode contribua au progrès du socialisme français et comme événement fondateur de la Section française de l’Internationale ouvrière (SFIO).

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| Elle vous ferait de l'ombre...